POURQUOI RENDRE « HOMMAGE » À DES VICTIMES INNOCENTES ?

« Hommage : marque de vénération, de soumission respectueuse »  (in Dictionnaire Culturel en Langue Française, Le Robert).

Le sujet est délicat, évidemment. La petite fille de 9 ans, violée et tuée par un fou furieux a connu l’horreur et rien ne peut le justifier. La barbarie, même individuelle, même de la part d’un fou, même si l’acte est isolé, est insupportable. Que la famille de la victime, ses proches, organisent une marche « blanche » pour dire que cela n’aurait pas dû se passer est parfaitement légitime. Le « plus jamais çà » que l’on entend alors est justifié. C’est même le signe que la civilisation humaine n’a pas fini de progresser. Des gens ordinaires, aucunement responsables de rien, tentent, à chaque fois, de faire en sorte que leur drame personnel serve de leçon à la société toute entière. C’est un acte citoyen, tardif, peut-être, mais sincère et honorable.

Mais qu’un ministre se précipite sur le « terrain » le lendemain pour « rendre hommage » à la victime est tout aussi insupportable.

Ce qu’on lui demande, au ministre, c’est de dire comment il va faire pour que cela ne se reproduise pas. Ses premiers mots, en tant que responsable de la vie publique, qui a fait des pieds et des mains pour « y » arriver, au pouvoir, devrait être de s’excuser ne n’avoir pas su ou pu éviter le drame. Ensuite, il pourrait commencer à réfléchir à la façon dont les appareils judiciaires de France et de Pologne, en l’occurrence, pourraient essayer de mieux fonctionner ensemble, pour qu’un repris de justice de là-bas, ne puisse pas se balader en France sans rien avoir à justifier. Et inversement !

N’hésitons pas à dire que, de la part du ministre, aller sur place le lendemain pour rendre « hommage » aux victimes, c’est dire « je n’y peux rien et, d’ailleurs, peu importe. Mon boulot c’est de soutenir la famille pour avoir l’air de faire quelque chose, au moment où l’émotion publique se manifeste. Et c’est tout.

He ! Bien ! Non ! Ton boulot, Monsieur le ministre, c’est de faire en sorte que ce genre d’événement devienne impossible ou, au moins, improbable !

La petite fille de 9 ans dont la vie a été salement interrompue, n’a peut-être pas été courageuse, et peu importe. Elle n’est pas une héroïne. Elle n’a pas demandé à voir son portrait sur toutes les chaines de télé. Elle a demandé à vivre, point. Et on lui a oté ce droit fondamental.

Le touriste qui se fait enlever par Daesh dans le Sahara, n’est pas un héro non plus. Il demandait seulement à vivre. D’autres, exploitants de richesses naturelles pour des entreprises nucléaires françaises ou autres, quand ils sont enlevés, ne sont pas des héros non plus. Ils sont victimes du fanatisme et de la cupidité néo-coloniale des pays riches.

Leur rendre hommage, c’est se dédouaner de toute responsabilité, c’est se laver les mains de ce qui se passe, quoiqu’il se passe. Ces ministres-là, qui ont tant fait pour arriver là où ils sont, c’est certain, ne sont pas des héros non plus.

2 réflexions sur “ POURQUOI RENDRE « HOMMAGE » À DES VICTIMES INNOCENTES ? ”

  1. Merci Jean-Luc !
    Je ne doute pas de la sincérité de ceux qui participent à ces marches blanches.
    Mais la douleur des gens, mise en scène, est devenue un outil de méséducation populaire à mesure que le bonheur des gens disparaissait du nombre des valeurs dignes d’un quelconque intérêt médiatique.
    Plus que jamais, ne pas pleurer (ne pas avoir la lèvre qui tremble et le regard qui s’évade) à la télé, c’est être un « Étranger ». La société lacrymale, c’est une posture qui éloigne les jours heureux. Les solidarités les plus fortes ne se construisent pas dans les larmes, mais dans les conquêtes joyeuses.

  2. Merci pour cette belle analyse pleine d’humanité et de bon sens. Il est dommage que nous ne puissions la partager sur les réseaux sociaux, ou alors j’ai pas vu le lien, ou alors c’est une volonté de votre part. En tous cas merci d’avoir pris la peine de remettre les choses à leur place. Bien cordialement

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