DES VACANCES DE RÊVE

Par chance, j’ai pu commencer, vers la deuxième moitié de ma vie, à réaliser des désirs de voyage que je voudrais pouvoir partager.

J’ai vu, à 10 km de chez moi, un éleveur de bœufs qui faisait du cidre et en donnait à ses bêtes en fin d’élevage. Il les massait aussi, comme au Japon. Et lui ne craint pas la crise !

J’ai vu, au bord du Sahara avec un Tunisien, un lac salé et des mirages à l’horizon qui vibraient de chaleur.

J’ai regardé travailler chez lui l’un des derniers fabricants de masques de théâtre balinais, assis en tailleur sur le carrelage de la terrasse de sa petite pagode.

J’ai passé une après-midi avec une famille de paysans turcs dans un petit hameau perdu au milieu des champs jaunes et des bouquets d’arbres verts. Dans la grande salle carrée peinte à la chaux bleue, nous avons bu du lait caillé (burp !) et du thé devant le seul meuble de la pièce, un buffet en bois vernis avec des photos et des objets en plastique doré dans la vitrine.

J’ai dîné tôt dans un troquet new-yorkais et une femme en tailleur et chaussures de tennis, qui buvait au comptoir un verre avec ses collègues à la sortie du bureau est venu s’asseoir en face de moi pour entamer la conversation. Je lui ai raconté la France, ma vie et pendant ce temps-là mon T-bone steak refroidissait.

J’ai pris en stop une collégienne cubaine qui rentrait chez elle 15 km plus loin. Elle était venu à pied le matin et s’endormait dans la voiture pendant le chemin.

Pour moi, les vacances, ça vaut quand on rencontre des humains, des vrais, qu’ils vous surprennent par l’humanité que nous avons en commun et qui s’interrogent sur nos manières de vivre.

Dans mon Utopie, les avions n’usent pas autant de kérosène qu’aujourd’hui et tout le monde peut les prendre pour aller découvrir de temps en temps les humains du monde entier. Voilà un des minima indispensables à une vie digne de ce nom. Nous aurions les moyens de l’offrir à tous.

Bonnes vacances envers et contre tout le reste…

L’ESS N’EST PAS UNE PANACÉE

L’ESS, c’est social, comme économie, par définition, et solidaire en plus, donc l’économie sociale et solidaire, quand on est un militant alternatif au minimum progressiste, on encense !

Moi, j’encense pas. Les grosses mutuelles, certes, ne rémunèrent pas d’actionnaires prédateurs, mais elles sont tout à fait capables de faire de la répression syndicale comme toute grosse entreprise qui court après son développement.

Les associations n’ont pas d’obligation particulière et peuvent traiter elles aussi leurs salariés comme des esclaves et leurs usagers comme des imbéciles. Si, si, ça existe ! Quant aux coopératives de salariés, elles ne cèdent jamais aucun pouvoir à leurs clients…

L’entreprise enfin démocratique que les utopistes sérieux réclament, est géré collégialement par les salariés, les fournisseurs, les clients et les investisseurs publics quand il y en a. C’est la définition de la Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), qui existe, qui fonctionne, qui se développe et que tous les vrais militants utopico-politico-alternatifs promeuvent pour qu’elle devienne la règle.

Sauf qu’on en n’entend pas causer dans le poste.

Sauf que ceux qui, à la tête des banques coopératives ou des grandes associations d’insertion ou humanitaires, ceux qui parlent le plus de l’Euhessehesse, de Labo de l’Euhessehesse et tout ça, s’accommodent très bien du système injuste qui nous régit, des banques qui défiscalisent tous les trafics et des fonds de pension qui licencient à tout va pour optimiser les investissements de leurs retraités californiens.

J’ai une amie qui a arrêté de participer au réseau d’échange de savoirs de son village parce que personne ne rendait plus service gratuitement à ses voisins.

Les monnaies locales intéressent les petits commerces des centres villes, mais elles ne gênent pas vraiment la grande distribution.

Et le salaire à vie ou revenu d’existence dont la promotion se fait si intense ces derniers temps, y compris dans les forums de la Nuit debout, désolé, il ne redonne pas la dignité aux travailleurs privés d’emploi. L’idée est d’ailleurs soutenue par des individus de tout l’éventail politique existant.

Alors, l’utopie, la vraie, c’est quoi ? Ben, c’est une société où les entreprises sont toutes des Scic comme décrit plus haut et où on ne met pas en prison ceux qui ont volé du riz, des pâtes et une boîte de sardines, ce qui est arrivé à un jeune sans abri de 18 ans et demi, dans le Lot, à la mi-mai !

Une société où l’essentiel nécessaire à une vie digne serait gratuit et où le travail, justement rémunéré, serait permis à tous ceux qui le désirent.

Vous êtes d’accord ?

Moi aussi. Bienvenue au club et bon courage !

POURQUOI EST-CE CRIMINEL DE BRAQUER UN CASINO ?

Je m’insurgeais la semaine dernière contre l’absurdité de certaines sanctions, du Code de la route en particulier. Faisons l’inverse aujourd’hui. Il y a des actes illégaux, et même des crimes qui, personnellement ne me dérangent pas… !

Exemple ? La contrefaçon, ça dérange qui, à part Bernard Arnaud ou d’autres propriétaires de grandes marques ?

Certes quand il s’agit de copies de pièces automobiles, mal usinées au fin fond de la Chine, on peut comprendre que cela soit dangereux pour le consommateur, content d’avoir acheté une plaquette de frein à moitié prix. Mais un sac à main, moche, marron doré, avec les lettres L et V superposées partout ? Où est le problème ? Pourquoi est-ce un crime ?

De même, des braqueurs de casino sérieux, bons bricoleurs, qui commettent leur forfait de nuit pour ne pas traumatiser les croupiers, ils font du mal à qui ? Aux machines à sous ? Aux trafiquants qui y blanchissent l’argent de la drogue ?

J’ai connu un petit bijoutier parisien, dans un quartier populaire, qui avait été cambriolé plusieurs fois. Il était bien assuré et ne s’en plaignait pas plus que ça…

On me rétorquera que les groupes de luxe et les casinos emploient du monde qui risquerait de se retrouver au chômage. Sans doute, mais alors faut-il au nom de l’emploi continuer à produire des ogives nucléaires, à vendre des véhicules blindés et des avions de chasse à tous les dictateurs de la planète… ? Nos travailleurs n’ont-ils pas mieux à faire ?

Voilà encore du pain sur la planche pour ceux qui préparent une 6e République !

Et, s’il vous plaît, commentez tant que vous voulez, mais ne me dites pas que je suis irréaliste.

NETTOYONS LES CODES

Sans faire d’anti-parlementarisme primaire, je trouve que nos députés et sénateurs laissent passer de temps en temps des dispositions réglementaires un peu absurdes… Exemple : le retrait de points sur le permis de conduire en cas de non port de la ceinture de sécurité. Ce n’est pas un sujet politique important, peut-être. Quoique…

Bien-sûr, sans ceinture de sécurité, on risque la mort en cas d’accident, ou au moins l’aggravation de ses blessures. C’est donc une attitude suicidaire. Mais depuis quand le suicide est-il interdit ? Dépasser les limitations de vitesse, c’est mettre les autres en danger, c’est potentiellement criminel, ça n’a rien à voir.

Le plus absurde est que les motards qui, proportionnellement, meurent sur la route plus facilement que les automobilistes, peuvent rouler sans ceinture. Ils peuvent même emmener derrière eux un enfant de n’importe quel âge, pourvu qu’il ait un casque « homologué » ! Ils prennent des risques insensés, en font prendre à leurs passagers et jouissent apparemment d’une autorité sur les autorités qui le leur permet. Je veux bien qu’on m’explique. Le bon sens voudrait que les deux roues pouvant aller à 200 km/h, ne puissent rouler ailleurs que sur des circuits réservés à leur usage.

Autre exemple de disposition contestable du code de la route : les amendes, fixées en fonction de la gravité de l’infraction. Il serait très facile de les moduler aussi en fonction de la puissance du véhicule. Cela empêcherait les propriétaires de Porsche ou de chars d’assaut genre 4 X 4 à vitres teintées de faire n’importe quoi sous prétexte qu’ils en ont les moyens. Les prix sont dissuasifs pour les uns, pas pour les autres. Ca n’a pas de sens.

Peut-être faut-il attendre la 6e République pour que non seulement le Président de la République se consacre enfin à l’inauguration des chrysantèmes, mais aussi pour que le code de la route soit nettoyé des quelques dispositions idiotes qu’il contient. Et pas seulement le code de la route, évidemment. Le code pénal ou le code de l’urbanisme ne doivent pas être en reste.

Et, tiens, pour aider dès maintenant la Constituante à préparer le travail du prochain Parlement, je propose qu’on commence ici, à recenser les absurdités et les incohérences de notre législation. Ca serait toujours ça de fait !

Il s’agit bien d’utopie politique concrète, finalement.

À vous lire.

ON NE DEMANDE PAS AUX RICHES DE « PARTAGER »

Je sens qu’aujourd’hui, je vais en agacer quelques uns, mais tant pis. Je ne sais plus quel homme de gauche j’ai lu il y a peu, je crois que c’est dans Siné mensuel, un journaliste qui disait : « Partager la richesse, il le faut et c’est possible ». C’est le mot « partager » qui ne me va pas. On ne demande pas aux riches de partager. Le partage c’est comme la solidarité, un acte volontaire que l’on fait par empathie avec les autres, par altruisme. Or, c’est une évidence, si les quelques milliers d’individus qui se sont accaparé 90 % des richesses du globe étaient altruistes, ou humanistes, ou seulement psychologiquement normaux, ils n’auraient jamais osé accumuler de telles fortunes sur le dos des autres. .

Il faut donc qu’ils rendent ce qu’ils ont volé, point.

Car la richesse n’a pas d’autre source que l’escroquerie financière ou le travail de l’immense majorité, qui ne se révolte pas et c’est ainsi que les riches restent riches et que les pauvres restent pauvres. Il y en a même de plus en plus. Partout. Cela aussi est une évidence.

« Partage » est un mot du vocabulaire catholique. Et un catholique essaie toujours de comprendre l’autre, quels que que soient ses actes pour finalement lui pardonner, par humanité, par «miséricorde». Il a beaucoup de mal à s’opposer frontalement à ce qui est insupportable. C’est ainsi que Jean-Claude Guillebaud, dans un article intitulé «Le tourment de la guerre» rappelle que nous sommes tous fascinés par la violence et qu’il faut «regarder en face les monstres qui nous habitent». De là à comprendre, même sans excuser, les monstres qui habitent les autres, il n’y a qu’un pas. Et c’est un pas que je trouve extrêmement dangereux, parce que cela interdit de s’attaquer aux vrais responsables de la misère. Et c’est la Justice qui se trouve toujours bafouée.

Les pauvres n’osent rien dire. On les tond comme des moutons et ils se laissent faire parce qu’ils n’ont pas le choix. Dans les classes moyennes des pays riches, il y tous ceux qui auraient les moyens de se battre. Quelques uns appellent à la Révolution, et ils sont bien seuls en ce moment. D’autres, catholiques ou pas, aident «charitablement» les pauvres à supporter leur misère. Quelques autres se retirent plus ou moins du circuit pour expérimenter des alternatives. Et la masse qui reste s’en fout ou se passionne pour son métier, ou la musique ou n’importe quoi d’autre…

Ils sont, nous sommes tous l’immense majorité et la situation reste inhumaine pour les trois quarts de l’humanité. Un bien triste constat.